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Moulay Abd El Aziz fut remplacé, en 1908 par son frère Moulay
Hafid qui abdiqua en 1912 en faveur d’un troisième frère Moulay
Youssef, lequel n’était autre que le propre père du futur
Mohammed V.
Une fois monté sur trône, Sidi Mohammed Ben Youssef acquit
rapidement toutes les raisons de croire qu'il était désigné pour
continuer l'œuvre de son illustre grand-père Moulay El Hassan et
aussi pour effacer les conséquences de cette triste période de
l'histoire du Maroc qui se prolongea de 1900 à 1912.
De 1904 à 1912
:
Il faut se souvenir que le début de ce siècle avait marqué,
pour l'Empire Chérifien, le début d'une période de malheurs. Les
événements qui s'y déroulèrent démontrent l'importance qu'avait
prise, avant la guerre de 1914, "l'affaire marocaine".
La France, installée depuis soixante dix ans en
Algérie et désireuse d'assurer la sécurité de sa frontière algéro-marocaine avait des vues sur le Maroc. Elle avait trouvé
en face d'elle l'Angleterre, qui pour sa part estimait qu'elle
avait des droits à faire respecter.
Le 8 avril 1904, un accord était conclu entre la
France et l'Angleterre. Cette dernière en échange des droits que
la France pouvait conserver en Égypte, lui laissait les mains
libres au Maroc à condition que fussent respectées l'autorité du
Sultan ainsi que la liberté du commerce pendant une période de
trente ans.
Ainsi que devait le proclamer Paul Deschanel, du
haut de la tribune de la Chambre, "la France avait tout sacrifié
à une pensée maîtresse le Maroc."
Le 12 juin 1904, par l'intermédiaire du gouvernement français,
Moulay Abdel Aziz avait conclu, avec un consortium de banques
françaises un emprunt de 62,5 millions de francs qui lui avait
permis de rembourser ses autres créanciers. Ces emprunts avaient
été gagés sur le produits des douanes maritimes, dont 60%
étaient affectés au service de l'emprunt.
Si l'Angleterre s'était pratiquement retirée de la compétition,
la lutte n'en demeura pas moins circonscrite, âpre et sans
repos, entre Paris et Berlin.
En effet ce partage d'influence bipartite ne fut pas
du tout du goût de l'Allemagne d'autant que le Quai d'Orsay
avait négligé de faire connaître les conclusions de cet accord
aux signataires de la convention de Madrid.
Or l'Allemagne se proposait de montrer au monde
qu'elle aussi, s'intéressait au Maroc et, pour faire valoir ce
point de vue Guillaume II s'y prit de façon très spectaculaire
en débarquant inopinément à Tanger, le 31 mars 1905 et en
proclamant la souveraineté et l'indépendance absolue du Maroc
ainsi que la concurrence pacifique de toutes les nations sans
monopole ni exclusion d'aucune sorte.
L'Allemagne était entrée en scène; elle devait y
rester, sans la quitter, jusqu'en 1911.
Cette manifestation de l'empereur allemand ne manqua
pas le but qu'elle s'était proposée: toutes les chancelleries
furent alertées et cette activité diplomatique aboutit à
l'ouverture, le 15 janvier 1906, à Algésiras, d'une conférence
qui réunissait le représentant des treize puissances signataires
de la convention de Madrid.
Cette conférence devait s'occuper du sort du Maroc, compte tenu
des déclarations que le Kaiser venait de faire à Tanger quelques
mois auparavant.
Les questions économiques, fiscales et de sécurité
furent étudiées au cours de séances nombreuses et passionnées au
cours desquelles les représentant de la France et de l'Allemagne
ne cessèrent de s'opposer.
La question de l'organisation de forces de police fut
particulièrement discutée. Les Allemands ayant refusé la
création d'un mandat français ou même franco espagnol, on décida
de constituer des tabors chérifiens dans les ports ouverts avec
des cadres français, espagnols et mixtes, à Tanger sous le
commandement d'un officier suisse résidant à Tanger.
Le principe d'une Banque d'Etat fut également admis. Son capital
initial fut fixé à 15.400.00 francs, divisés en 14 parts dont 12
pour les puissances signataires et deux pour le consortium de
banques qui avait consentit l'emprunt de 1904. La Banque d'Etat
devait faire au makhzen un avance de dix millions destinés à
l'entretien des ports.
C'était, en quelque sorte le début d'une
internationalisation du Maroc.
Si l'acte d'Algésiras, qui fut signé le 7 avril
1906, devait marquer, pour le Maroc, la fin d'une indépendence
qu'il ne devait retrouver qu'en 1955, il devint vite un champ
clos ou la France et l'Allemagne ne cessèrent de s'affronter
jusqu'en 1911. Si les dés avaient été jeté, la partie n'était
pas gagnée et l'Allemagne n'avait pas perdu l'espoir de
rattraper l'avance que la France avait au Maroc: c'est remplie
d'amertume qu'elle se retirait de la conférence d'Algésiras où,
complètement isolée, elle n'avait réussi à faire prévaloir
aucune de ses thèses. La France, elle, n'avait gagné que
l'autorisation de jouer un rôle prépondérant dans le programme
d'internationalisation dont il avait été décidé.
L'élite marocaine ne se faisait aucune illusion sur
l'avenir réservé à son pays et Si Abdelkrim Ben Slimane, le
vizir chérifien des affaires étrangères exposait son point de
vue au représentant de la France avec une impressionante
clairvoyance: "Le vieux Maroc est perdu, sans espoir disait-il.
La conférence ne s'est occupée que de Tangeret des ports ou
résident les européens et où elle a créé des forces de police,
une caisse spéciale de travaux publiques, une Banque d'Etat;
mais elle n'a rien fait pour procurer au makhzen des ressources
financières dont il a besoin pour entretenir une armée, lever
des impôts, combattre l'insurrection et l'anarchie. Elle s'est
complètement désintéressée du markhzen et des réformes à
introduire dans l'administration de l'Empire. Vous développerez
à la côte des intérêts européens que nous seront impuissants à
protéger avec les faibles effectifs de police que vous avez
prévus. Les désordres iront en augmentant et ils engendreront
une anarchie qui sera le prélude de la domination étrangère."
Cet exposé prophétique prouve que le Maroc a toujours été riche
en diplomates de qualités. Et c'est une tradition qu'il n'a pas
perdue.
Au cours des mois qui suivirent la conférence
d'Algésiras le Sultan Moulay Abdel Aziz se trouva sur les plans
politiques, économique et financier aux prises avec des
difficultés de plus en plus inextricables: c'est le moment que
choisit son frère, Moulay Hafid pour essayer de le détrôner.
Ce nouveau prétendant avait trouvé à Berlin des
encouragements et une aide efficace. Paris, vers lequel se
tournait le pauvre Moulay Abdel Aziz désireux de faire face à la
menace dont il était l'objet, restait sourd à cet appel, tant
était grande la crainte de déplaire au Gouvernement de Berlin.
Le 3 janvier 1908, la déchéance de Moulay Abdel Aziz
ayant été proclamée, à cause de la complaisance qu'on lui
prêtait à l'égard des chrétiens, les Oulémas élisaient son frère
Moulay Hafid pour lui succéder.
Mais cette election ne fut pas ratifiée dans
l'ensemble du pays et le Maroc, pendant quelques mois connut
deux sultans. Schématiquement on pouvait dire que l'autorité de
Moulay Abdel Aziz s'exerçait sur l'ensemble des port à
l'exception de Safi et des ports du Gharb. Par contre, dans son
ensemble, le sud, centré sur Marrakech reconnaissait Moulay
Hafid à l'exception toutefois des Doukkala et des Rehamna.
Moulay Abdel Aziz fit face à la situation avec sang
froid. Ayant réalisé la vente de ses derniers biens, il équipa
une mehalla et quitta Rabat le 12 juillet 1908 afin de combattre
les ennemis de son trône. La piste que devait suivre les troupes
de l'ancien sultan passait par la Chaouia qui, conformément à
l'acte d'Algésiras était sous le contrôle des troupes
françaises. Mais alors qu'on avait interdit au Général d'Amade
qui les commandait, d'arrêter Moulay Hafid, ennemi de la France,
lors de son passage sur ce territoire, on lui avait donné
l'ordre d'interdire au sultan légitime, ami de la France, cette
portion de son empire qu'elle occupait en son nom ! Cette
politique française de neutralité à tout prix lui avait fait
commettre une véritable iniquité.
La petite armée du Sultan s'avança sans rencontrer
de difficultés et se renforça de nouveau partisans. Mais le 19
août à Bouajiba, elle connut la déroute. Moulay Abdel Aziz se
battit courageusement. Le 21 août il gagnait Casablanca où il
signa son abdication. Il fut exigé de Moulay Hafid de
reconnaître le traité d'Algesiras et de désavouer la guerre
sainte qu'il avait mené. La France, l'Espagne et les autres
puissances reconnurent Moulay Hafid en janvier 1909.
Cette reconnaissance qui avait été consentie dans le
but d'assurer la pacification de l'empire chérifien semblait
correspondre à un succès de l'Allemagne. En réalité, ce succès
ne fut qu'éphémère.
Moulay Hafid, en effet, après quelques succés,
connut assez rapidement les difficultés du pouvoir et il
s'aperçut que si l'aide de l'Allemagne lui avait facilité
l'accès au trône, cette aide était insuffisante pour l'y
maintenir.
Des tribus du Nord s'étant révoltées, il ne put en devenir
maître qu'après avoir fait appel aux troupes françaises. La
France se trouvait de nouveau en piste.
L'Allemagne, prenant comme prétexte que l'acte d'Algésiras
stipulant que l'indépendance du Maroc devait être respectée,
avait été violé, manifesta son humeur en envoyant le 1er
juillet 1911 la canonnière la Panther dans la rade d'Agadir
"pour protéger les intérêts allemands menacés." En réalité,
l'Allemagne informée de l'importance maritime d'Agadir, des
richesses agricoles et minières du Souss, exigeait une part du
gâteau.
Le coup d'Agadir, tel qu'il est mentionné dans les manuels
d'histoire, fut le départ entre de nouvelles négociations entre
la France et l'Allemagne. Les opinions publiques étaient
déchaînées tant à Paris qu'à Berlin contre leurs gouvernements
respectifs.
Le 4 novembre 1911, une convention franco allemande était signée
d'après laquelle, en échange d'importantes concession au Congo,
l'Allemagne reconnaissait à la France le droit de prêter son
aide au Maroc pour l'introduction de toutes les 9réformes
administratives, judiciaires, financières et militaires qu'elle
jugerait utile et elle ne faisait pas d'objection à ce que le
représentant de la France devint l'intermédiaire du Maroc auprès
des puissances étrangères. Un tel accord devait permettre à la
France de signer avec Moulay Hafid le 30 mars 1912, le traité
de protectorat. |