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Mes certitudes

 
     
 
 
 
 

Le Maroc possède des atouts décisifs qui doivent lui permettre de s'élever un jour au rang d'une grande nation . 

A l'heure où s’échafaude un monde nouveau, alors que l'on observe parmi les nations les mutations les plus imprévues, il ne faut pas être doté de beaucoup d'imagination pour comprendre la place que le Maroc est appelé à prendre dans le monde de demain. 

Les nationalismes aux conceptions étroites sont aujourd'hui dépassés ; les frontières doivent s'ouvrir, la prospective doit remplacer la politique des Partis et les nations doivent s'unir pour assurer le bonheur des hommes, puisque cette possibilité n'a jamais été plus grande.  

Cette conception nouvelle des rapports entre nations, c'est celle dont le Maroc se fait le champion. 

Du fait des progrès de la technique qui de plus en plus supprimera les distances et facilitera la communication, le Maroc bénéficie sur la planète, d'une situation exceptionnelle : point de rencontre non plus de deux mais de trois continents avec le développement des communications aériennes, il peut être également considéré comme le point de jonction de deux civilisations. Le Maroc apparaît comme un lieu de rencontre entre un occident duquel il se rapprochera de plus en plus sur le plan économique, et  l'Orient dont il se réclame à juste raison. Sa mission est de rapprocher ces deux fractions qui tendent à s'isoler pour le plus grand malheur de l'humanité.

Son peuple si viril, si courageux, si fier, est digne en tout point de remplir le grand destin qui l'attend. Il sera en mesure de fournir l'élite qui se chargera d'obéir à cet impératif que la géographie assigne au Maroc : servir de point de jonction entre la chrétienté et l'islam, entre l'occident et l'orient musulman.  

Les conquêtes matérielles ne sont rien si elles ne sont pas animées par l'esprit. L'occident doit se rendre compte que tout n'est pas parfait dans l'idéal qu'il nous propose et il doit estimer à sa juste valeur ce que peuvent lui apporter ces peuples matériellement démunis, mais riches des réserves spirituelles qui commencent à lui manquer. 

 Le Maroc est largement doté de telle réserves spirituelles: 

  dès mon arrivée au Maroc j'y ai trouvé un climat de douceur qui s'explique par le fait que le Marocain continue à vivre à une échelle restée humaine, peu comparable à celle des occidentaux. 

  à tous les échelons de la société marocaine on retrouve cette politesse raffinée que nous avons perdue en occident, et que dire de cette hospitalité légendaire si ce n'est qu'elle représente des traditions d'honneur et de noblesse du cœur. 

  alors que les hommes de chez nous sont devenus la proie de l'anxiété, de l'insomnie et des tranquillisants, le Marocain est resté un homme équilibré et heureux et à son contact on le devient ! 

  alors que nous autres occidentaux, tendons à faire de notre civilisation matérialiste une fin pour l'homme et à perfectionner sans cesse notre société de consommation, le Marocain, lui, n'a jamais cessé de se situer dans l'Univers, et cinq fois par jour se rendant à l'appel du Muezzin, il se tourne vers l'Au-delà, s'efforçant de mériter le Paradis qui lui est promis.  

Le Maroc a été singulièrement favorisé surtout si on le compare aux terres souvent désolées qu'habitent ses frères musulmans. De tous les pays arabes, le Maroc est le seul qui acquerra rapidement une économie de type occidental en ayant su se passer du pactole de l'or noir. 

Le Maroc possède le privilège de la jeunesse et la possibilité de faire du neuf en s'inspirant des exemples, bons et  mauvais de ce qui a été fait ailleurs. 

J'envisage que le Maroc suive l'exemple du Japon et devienne pour ce continent africain ce que celui-ci est aujourd'hui pour l'Asie. Sorti il y a un siècle d'une civilisation médiévale, le Japon, tout en ayant conservé intégralement l'héritage de ses ancêtres, se trouve à la pointe de la civilisation technicienne. 

La survie de notre civilisation est subordonnée à la création de l'Europe qui sera rapidement complétée de l'Eurafrique. 

Du fait de sa position, de son passé, de ses possibilités, le Maroc sera appelé à jouer sur ce vaste continent africain un rayonnement comparable à celui que la France exerce depuis un millénaire à travers le monde. Continuant et complétant l’œuvre de son Auguste Père, Sa Majesté Hassan II est bien décidée à faire du Maroc un des pays pilotes du continent africain. 

Il est permis de supposer qu'une coopération franco-marocaine, réalisée sur un strict pied d'égalité doit devenir la clef de voûte de ce nouveau « combinat méditerranéen » qui représente tant de forces spirituelles et matérielles. 

Croyant pour nos deux pays aux bienfaits de l'amitié franco-marocaine, je pense cependant que la France se doit, dans la mesure où celui-ci le voudra, d'aider le jeune Maroc. 

Elle le doit, tout d'abord parce qu'elle lui a donné trop d'elle-même pour se désintéresser d'une œuvre qui est une de ses réussites les plus humaines. D'autre part elle ne doit pas oublier la fidélité que les Marocains si souvent lui ont témoigné sur les champs de bataille. Je sais que ce sont là deux points de vue sentimentaux que sont résolus à méconnaître les hommes politiques à venir qui se targueront de réalisme, affirmant qu'il faut tenir compte de l'avenir et non du passé. En ce qui me concerne, je prétends que cette politique n'est pas dépassée: l'intelligence seule ne saurait édifier œuvre durable sans l'aide du cœur et de la probité.  

Mais quelle que soit l'aide extérieure, c'est surtout sur eux-mêmes que les Marocains doivent compter; seuls, leur cohésion, leurs efforts désintéressés, leur sens de la patrie leur permettront de prendre rang parmi les grandes nations. 

Les projets gigantesques dès maintenant conçus qu'il faudra réaliser au cours des vingt années à venir, tout cela n'a été et ne sera possible que grâce à l'action d'un homme qui est Sa Majesté Hassan II, Roi du Maroc.

J'insiste dès maintenant, sur l'ampleur des résultats économiques acquis et sur les perspectives pleines de promesses, qui s'ouvrent pour cette nation qui justifiera un jour, j'en ai l'absolue conviction, son beau  nom  d’« Empire Fortuné ». 

La passion de l'économique a conduit Sa Majesté Hassan II à s'intéresser à la « prospective ». 

 Mieux qu'un autre, impressionné par un Gaston Berger et un Louis Armand, il sait que l'avenir d'un pays doit « s’imaginer » et non se concevoir d'après un passé dont les méthodes bientôt n'auront plus cours.  

Nous sommes entrés dans cet âge atomique qui va offrir à l'homme des possibilités qu'aucun Jules Verne n'avait imaginées. La découverte des secrets de l'atome entraînera pour l'humanité des conséquences aussi importantes que celle du feu pour l'homme de la préhistoire. La cybernétique, il faut citer à ce sujet le nom trop peu connu de Wiener, le père de la cybernétique, modifiera radicalement notre mode de vie. Le gros problème, vraisemblablement, consistera à adapter l'esprit humain à ces nouvelles conditions de vie. Il sera difficile d'éviter la distorsion qui risque d'opposer la facilité matérielle à une indigence spirituelle et morale, distorsion dramatique qui peut devenir fatale à la dignité humaine. 

Je sais que cette transition ne se fera pas sans heurts et qu'elle prendra du temps ! Mais elle se fera dans la voie que lui a tracé Sa Majesté Hassan II. 

Ces arguments volontairement passionnés convaincront-ils chacun d'entre vous ? J'aimerais qu'il en fût ainsi, mais je n'en suis pas autrement certain.  

Au demeurant j'ai l'habitude, depuis toujours, de m'être fait le champion de ces « vérités retardées » : 

En 1930 l'occasion d'un voyage en Allemagne m'a permis d'être le témoin de cette explosion de pangermanisme provoquée par l'évacuation anticipée de la Rhénanie. Dès ce moment je vis la guerre et lorsque je fis part de mon impression, personne ne me crut. 

En 1937, sitôt après avoir fait connaissance avec Sa Majesté Mohammed V, j'affirmais que la voie qu’elle s’était tracée était d'amener un jour son peuple à l’indépendance : on m'a alors pris pour un illuminé.

En 1940, les blindés allemands ayant enfoncé le front de Sedan, j'ai compris également que nous étions surclassés et que nous avions perdu la bataille : je fus traité de mauvais Français. 

J'ai souvent été un visionnaire et dans cette perspective j'ai la certitude de ne pas me tromper pour ce qui est du Maroc dont je viens de dire quelques unes des raisons que j'ai de croire à son avenir .  

Si l'accélération de nos connaissances et les possibilités matérielles dont va disposer l'homme sont telles qu'il est impossible de prévoir ce que sera le monde de demain, je suis cependant optimiste pour l'avenir du Maroc. 

J'ai conservé de mes 20 ans, un enthousiasme et un optimisme qui je le souhaite pour ma plus grande satisfaction, ne disparaîtront qu'avec moi.

Le médecin que je suis est trop imprégné de la pensée d'un Rabelais ou d'un Montaigne pour ne pas trouver chez ces auteurs certaines des raisons de cet optimisme et aussi d'une modestie dont nos contemporains sont de plus en plus dépourvus. 

Si Dieu lui prête vie, le Roi Hassan II s'avère comme celui qui est capable de transformer le Maroc actuel en une grande nation qui sera appelée à jouer un rôle dans la paix mondiale. 

Lorsque au soir de Sa vie, le Souverain vieillissant considérera l’œuvre accomplie, sans doute sera-t-il autorisé à estimer que son Auguste père et lui même, car l'Histoire ne saurait les dissocier dans leur action commune, se seront montrés les dignes descendants de leurs ancêtres et qu'ils pourront prendre place parmi les plus glorieux des Alaouites.

 
 

 

 
 

Mohammed V, Hassan II, tels que je les ai connus