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En me plaçant à un observatoire exceptionnel, les circonstances
me permirent d'assister, à partir de 1932 au déroulement des
relations franco-marocaines, et je suis mieux informé que
beaucoup sur la série de fautes commises par les nombreux
gouvernements français qui se succédèrent pendant cette période.
Le conflit qui, pendant
dix ans, opposa le Palais à la Résidence devait aboutir au coup
de force du 20 août 1953.
Les longues relations que
le Sultan entretint avec le Général Nogues avaient cimenté entre
eux une amitié fructueuse et confiante, et c'est les yeux
remplis de larmes que les deux hommes se séparèrent au printemps
1943.
Je puis affirmer que
c'est en 1943, exactement au moment du départ du Général Nogues,
que les relations franco-marocaines commencèrent à se
détériorer.
Le Sultan n'avait pas
attendu le départ du Général Nogues pour se rendre compte que
l'esprit du Traité de Protectorat, tel que le
concevait Lyautey, avait été faussé, et que , le temps de guerre
aidant, un régime d'administration directe s'était peu à peu
institué. Il faut bien admettre que le fameux dîner d'Anfa, avec
le président Roosevelt cristallisa ces sentiments et encouragea
le Sultan à demander, le moment venu, l'étude de réformes qu'il
estimait justes et qui, dans son esprit ne lui apparaissaient
pas de nature à modifier le fond des relations
franco-marocaines.
A partir de 1944, bien
que la guerre ne fût pas terminée, des contacts avaient été
pris, des frontières s'étaient effacées, des courants d'opinions
irréversibles s'étaient créés : les peuples entendaient
désormais disposer de leur destin.
En janvier 1944, le parti
de l'Istiqlal, dont le nom apparaissait pour la première fois
dans l'horizon politique, remettait simultanément au Palais, à
la Résidence, et aux Consulats des États-unis et de
Grande-Bretagne, une note réclamant l'indépendance. Le
Souverain, conscient d'avoir rempli non seulement avec loyauté,
mais aussi avec toute la sincérité de son cœur, ses devoirs
d'ami et d'allié de la France, vit là, vraisemblablement, une
occasion d'obtenir une de ces modifications de structure dont,
depuis longtemps, il avait l'idée. La remise de ce document
provoqua une vive émotion tant à Rabat qu'à Alger, siège du
gouvernement provisoire. Des négociations furent entreprises
entre le Palais et la Résidence, négociations qui auraient pu
aboutir si des manifestations sanglantes qui accompagnèrent
l’arrestation de plusieurs nationalistes Marocains, ne les
avaient pas interrompues.
Le débarquement allié en 1942 avait eu comme conséquence, de
couper le Maroc de la métropole où désormais il fut difficile de
placer the right man in the right place et ceci pour deux
raisons qui se complétaient. L'administration fût d'une part
contrainte de recruter des éléments locaux, les seuls dont elle
diposa et d'autre part le choix de certains titulaires fut dicté
par des considérations purement politiques. La Résistance qui au
Maroc n'eut de commun avec la Résistance Française que le nom s'avéra
particulièrement apte pour ceux dont la principale habileté fut
d'exploiter le moment. Le résultat fut la promotion à certains
postes importants d'hommes de petite origine et de petits moyens
!
Des équipes récemment
installées, ne possédant pas encore l'expérience nécessaire en
présence de tels événements, furent impuissantes à empêcher le
sang de couler et les morts que l'on eut à déplorer, tant du
côté français que du côté Marocain marquèrent d'une pierre noire
la traditionnelle amitié franco-marocaine.
C'est donc en janvier
1944, après ces événements sanglants que les rapports entre le
Palais et la Résidence commencèrent à se détériorer.
S.M. Mohammed V, à cent
reprises, au cours de propos familiers, m'avait fait part de son
désir de remplacer le traité de protectorat qu'il comparait à un
vêtement devenu trop court, par un traité d'association avec la
nation protectrice. Les ministres s'étaient succédés à Paris
depuis la fin de la guerre sans qu'une politique n'ait jamais
été définie pour l'Afrique du Nord. Si les responsables du
moment avaient saisi cette chance unique, que d'années eussent
été gagnées et surtout, que de tragiques événements eussent été
évités.
Si le fatalisme des
Marocains fait qu'ils ne regrettent rien de cette occasion
manquée, il n'en est pas de même en ce qui nous concerne. Notre
logique cartésienne s'accommode mal en effet de tels errements
dans lesquels elle voit une faute contre l'esprit !
En Juin 1945, la guerre à
peine finie, le Sultan était officiellement reçu par le
gouvernement français. Certes il fut profondément sensible aux
attentions dont il fut l'objet. Il se rendit compte de l'effort
qui avait été accompli, compte tenu des circonstances, pour
arriver à être reçu avec le faste qui fut mis en place au Palais
Rose où j'étais présent lorsque le Président du Gouvernement
Provisoire, le Général De Gaule, le fit Compagnon de la
Libération.
Si le Sultan tenta à
l'occasion de ce voyage d'amorcer une discussion au sujet des
réformes dont il aurait aimé qu'on discutât le principe, il
comprit que la situation politique de la France était encore
instable pour qu'un travail sérieux puisse être entrepris à ce
sujet
Monsieur Erick Labonne,
arrivé à la Résidence en 1946, était acquis à l'idée de la
recherche et de la mise en œuvre « d'une évolution harmonieuse,
de gradations, de transitions tutélaires : évoluer et
transformer sans rien casser ». Je suis d'autant plus certain de
traduire la pensée du représentant de la France de cette époque
que j'utilise les propres termes dont il s'est servi lui même
dans une lettre qu'il m'adressa par la suite, commentant les
événements dont j'avais été le témoin. Cependant cette bonne
volonté ne se concrétisa pas
Si une trêve de quelques
mois, de mars 1946 à Juin 1947, avait marqué la présence de M.
Erick Labonne à la Résidence Générale, c'est en 1947, à la
suite du discours prononcé à Tanger par Sidi Mohammed Ben
Youssef que le gouvernement français, en rappelant son
représentant, M. Erick Labonne, décida sans s'en douter non
seulement du sort du seul Maroc mais aussi de celui de toute
l'Afrique du Nord et probablement de toute l'Afrique.
Le texte du discours
prononcé à Tanger dans la matinée du 10 avril 1947 avait été
soumis auparavant à la Résidence et avalisé par cette dernière.
Ce texte comprenait un passage concernant la France que le
Souverain passa sous silence quand il fit son discours. C'était
la première fois qu'un tel fait se produisait. L'après-midi de
ce jour même, le Souverain, dans une conférence de presse qui
n'avait pas été prévue, se tournait délibérément vers la Ligue
Arabe et s'attirait ainsi la sympathie des nations musulmanes.
A la politique de
concertation réciproque qui était possible avec M . Erick
Labonne fut en effet substituée une politique de coercition. De
combien d’incidents, de suspenses, ne fus-je pas le témoin et
que d’heures tragiques n’ai-je pas vécues sous les proconsulats
du Général Juin et du
Général
Guillaume ?
Le Souverain hésita
longtemps, en 1950, avant d'accepter de rendre une visite
officielle au Président de la République. Le principe de ce
voyage ne fut décidé que quelques jours avant le départ. Sidi
Mohammed était en effet désireux de ne pas « rentrer les mains
vides dans son pays », ainsi qu'il se plaisait à le dire. Ce qui
le renforça certainement dans cette idée, ce fut le Cabinet qui
lui fut attribué à ce moment. L'instant était-il bien choisi
pour créer ce Cabinet Impérial réclamé par le Sultan depuis des
années, et jusqu'alors refusé ? Il est permis d'en douter.
L'existence de ce Cabinet ne fut d’ailleurs qu'éphémère car il
ne devait pas tarder à être dissous par la Résidence.
Le Souverain fut
accueilli cette fois au Palais de l'Élysée. Les rapports
franco-marocains très tendus l'avaient fait précéder d'une
campagne de calomnies aussi fâcheuse que tendancieuse et bien
orchestrée. Les responsables français de l'époque furent donc
surpris de constater que les affirmations dont ils avaient
recueilli les échos ne correspondaient nullement à la réalité.
Ils découvrirent en effet un homme inattendu, intelligent,
modéré, compréhensif, cherchant à trouver un terrain d'entente.
Mais, à ce moment, l'attention du gouvernement était retenue par
les affaires de l'Indochine. Le futur Mohammed V ne trouva pas à
Paris l'interlocuteur valable avec lequel il aurait aimé définir
une politique constructive. Nul n'est besoin de rappeler ici que
ce fut ce séjour en France qui permit au Sultan de remettre au
Gouvernement Français deux memoranda dont on connaît le contenu.
Il n'y fut répondu que plusieurs mois après.
A mes yeux ce voyage de
1950 apparaît comme celui des occasions manquées. Le
Gouvernement Français suspendit des négociations qu'à tout prix
il aurait fallu poursuivre. Faute d'avoir pu définir une
politique, faute d'avoir compris que l'heure était venue de
préparer l'avenir, faute de ne pas avoir consacré à ce problème
pourtant capital le temps nécessaire, absorbé qu'il était par
d'autres questions urgentes, le Gouvernement Français laissa
passer une occasion, qui ne devait plus se retrouver, et qui
aurait permis à la France de préparer le Maroc à cette
indépendance qu'il devait lui reconnaître cinq ans plus tard.
De retour au Maroc, une
lutte plus ou moins larvée allait s'engager entre le Palais et
la Résidence. Il faut reconnaître que si la politique suivie
depuis le début du Protectorat jusqu'en 1943 se proposa
constamment de renforcer le prestige du Souverain, c'est une
politique exactement opposée qui fut entreprise à partir de
cette date.
La guerre froide que se
livraient le Sultan et les autorités françaises fut jalonnée de
temps à autre par des incidents plus ou moins violents.
Parmi ceux-ci il convient
de retenir l'affaire des tracts : une machination avait été
montée pour calomnier de la façon la plus abjecte la Famille
Impériale et son Chef. Ce dernier fit personnellement mener une
enquête qui permit d'arrêter l'auteur de ces tracts, lequel
avoua qu'ils avaient été rédigés par deux fonctionnaires de
l'Administration Française !
On se souvient également
des journées dramatiques de février 1951 au cours desquelles la
déposition du Souverain fut sur le point d'être décidée.
Le Général Juin adressait
un ultimatum au Souverain et faisait encercler le Palais pendant
que des tribus berbères s’acheminaient vers Rabat. A ce moment,
isolé dans son Palais, n’ayant à ses côtés que le fidèle Si
Maâmri , S.M. Mohammed V ne trouva qu’un seul Français,
moi-même, non investi de fonctions officielles, pour le
réconforter et pour l’assurer des sentiments réels du peuple
français, sentiments qui n’étaient pas conformes à la politique
de Rabat.
Le résultat fut qu'au
cours de 1952 , l'attitude de durcissement de Sidi Mohammed ne
cessa de s'affirmer. Le 12 mars un mémorandum était remis au
Gouvernement Français. Ce mémorandum ne fut communiqué au Grand
Vizir et au Vizir de la Maison Impériale qu'après qu'il eût été
remis à la Résidence : c'est à dire que ces deux personnalités
dont les conseils furent si longtemps profitables à la cause
franco-marocaine n'eurent aucune part à sa rédaction. On peut en
dire autant de l'interview accordée à la presse américaine et du
discours du Trône prononcé le 18 novembre. Dans ces deux
déclarations, le Sultan, rompant délibérément les règles du jeu
diplomatique, s'adressait directement non plus à la France, mais
à l'O.N.U. et à la Ligue Arabe.
A la suite des émeutes
sanglantes survenues à Casablanca les 7 et 8 décembre 1952, les
relations entre le Palais et la Résidence se tendirent de façon
telle qu’il apparût qu’un jour ou l’autre la rupture se
produirait inévitablement, à plus ou moins longue échéance.
Dès lors, Sa Majesté Sidi
Mohammed Ben Youssef se sentit de plus en plus seule. Il ne
connaissait de la France que des interlocuteurs officiels, bien
décidés à ne rien changer à la ligne politique qu’ils avaient
choisie et dont ils entendaient ne pas s’écarter. Dans de telles
conditions, toute discussion devenait impossible.
Le Souverain qui, au
moment de la déclaration de guerre en 1939, avait donné les
preuves les plus émouvantes des sentiments qu'Il éprouvait pour
la France, avait souhaité rencontrer des Français libres de tout
préjugé, auxquels Il eut été heureux d’exposer sa façon de
concevoir l’avenir des relations franco-marocaines.
Je fus donc heureux de pouvoir Lui présenter, dans des
circonstances inattendues, un membre très estimé de la colonie
française de Casablanca, mon confrère, le regretté Docteur
Grévin.
Ce dernier sortit du long
entretien que je lui avais ménagé, non seulement conquis par le
charme de son Auguste Interlocuteur, mais convaincu des
désastres auxquels allait conduire la politique résidentielle.
Les événements allaient bientôt se précipiter.
En France, la presse et
l’opinion publique se passionnaient chaque jour davantage pour
la « question marocaine ». Le 17 Juin 1953, « France Maghreb »
publiait son manifeste.
Le même mois, dans les
colonnes du Figaro, François Mauriac dans son discours de
réception à l’Académie Française, assène «son coup de bâton
étoilé» au maréchal Juin, dans lequel il évoquait la politique
de la France au Maroc sous un jour quelque peu tendancieux.
A ce moment, ma joie fut
grande de voir arriver au Palais ce que j’appelai « une relève »
composée de Français compréhensifs.
Parmi eux, Robert Barrat,
observateur scrupuleux, collaborateur de « Témoignage Chrétien »
qui avait retrouvé au milieu du groupe son ancien camarade de
khâgne, l’enthousiaste et généreux J. Eustache ainsi que Jacques
Reitzer, mousquetaire intrépide, lequel par la suite devait
échapper aux mitraillettes qui, à plusieurs reprises tentèrent
de l’abattre.
Reitzer avait jugé
opportun d’adjoindre à ces Français, Closterman, auréolé de son
prestige d'as de guerre, par surcroît membre de l'Assemblée
Nationale où il jouissait d’une certaine audience.
Jacques Reitzer et
moi-même partagions la même optique de la situation. Cette
optique était différente de celle de bien des fonctionnaires qui
n'étaient au Maroc que de passage. Elle n'était pas non plus la
même que celle de certains de nos compatriotes auxquels une
fortune facile et inespérée avait fait perdre le sens des
réalités. Elle s'écartait également de celle de ces "personnes
morales" représentées par des sociétés anonymes dont les
intérêts étaient puissants. Nous appartenions à cette catégorie
de "permanents" qui au Maroc représentaient la France. Ce que
nous proclamions sans orgueil, mais davantage avec le souci des
responsabilités qui, de ce fait, nous incombaient.
Jacques Reitzer devait
rester fidèle à ses choix politiques et à ses amitiés. Durant
toute la période de l'exil, sans relâche et au péril de sa vie,
il tenta de convaincre toutes les personnalités françaises
influentes que la seule solution pour le Maroc passait par le
retour de son Souverain légitime et par l'accession à
l'indépendance.
Ce qu'il faut retenir, le
fait n'est pas suffisamment connu, c'est qu' à cette période
l'attitude de Sidi Mohammed Ben Youssef vis à vis de la France
avait beaucoup changée. L'éloignement des chefs de l'Istiqulal
n'était certainement pas étranger à ce changement.
Loin d'écarter de nos
conversations les sujets politiques, il aimait au contraire les
aborder. Un soir, en compagnie de S.A.R. le Prince Héritier
Moulay Hassan, Sa Majesté Mohammed V venait me surprendre, à ma
villa, afin de savoir l'impression que produirait "sur un
français" les réponses qu'il avait préparées aux questions que
lui avaient posées, au nom du Figaro, MM. Jean-Marie Garraud et
François Mennelet : j'obtins d'ailleurs que le texte de certaines
de ces réponses fut modifié.
Le Sultan était devenu
ouvert et compréhensif mais cette bonne volonté tardive ne fut
pas utilisée et quelques temps après, le plan d'une manœuvre
était conçu dont la réalisation devait aboutir au coup de force
du 20 août 1953.
Pendant les journées qui
précédèrent le 20 août, je fus présent au Palais matin et soir.
Le 18 Août, Sa Majesté,
consciente de l’incertitude de Son sort immédiat, me demandait
de prendre en dépôt, une mallette contenant des billets de
banque et des pièces d'or. Ces sommes furent vérifiées en
présence d’un témoin qui, quelques mois plus tard, devait trahir
le secret de cette remise de fonds. Cette trahison, comme nous
le verrons plus tard, ne fut pas sans conséquences.
Le lendemain, je prenais
possession d’une lourde valise qui contenait les archives du
Protectorat. Cette valise devait m'être réclamée quelques jours
plus tard par un proche de Sa Majesté et mise en lieu sûr.
Le 20 août, au matin,
j’arrive au Palais de bonne heure. La surveillance s’est
renforcée, les voitures sont soigneusement fouillées, le
téléphone est contrôlé.
Vers la fin de la
matinée, Sa Majesté se trouve dans la grande salle à manger,
entourée des Princes et de Si Maâmri . Le climat est lourd, on
émet des hypothèses en attendant une solution dont on ignore la
nature.
A midi quarante-cinq, la
sonnerie du téléphone se fait entendre. Si Maâmri saisit le
récepteur, nous sommes suspendus à ses lèvres nous demandant
quel interlocuteur se trouve au bout du fil.
C’est le Résident Général qui, contrairement au protocole, ne
demande pas une audience mais manifeste son intention ferme de
venir au Palais aux environs de deux heures.
S.A.R. le Prince Héritier
me suggère de rester déjeuner afin d’être plus rapidement fixé
sur le but de la visite inopinée du représentant de la France :
je m’excuse de ne pas pouvoir accepter cette amicale proposition
car je souhaite agir au plus vite et je réalise que cela est
impossible dans les conditions où nous sommes. Je fais alors
valoir que j’ai moi-même un invité que je serais ennuyé de ne
pouvoir accueillir. Je promets de hâter le déjeuner et de
revenir le plus rapidement possible.
Rentré chez moi, au cours
du repas, un coup de téléphone m’informe que le colonel,
directeur du cabinet militaire du Résident Général, désire me
voir immédiatement.
Pressentant qu’un
événement grave est sur le point de se produire, je me rends
sans tarder à cette convocation et suis immédiatement introduit
dans le cabinet du Directeur. Ce dernier me demande si le Sultan
se trouve dans un état de santé lui permettant d’effectuer un
voyage en avion.
Mon réflexe de défense
pour Sa Majesté est immédiat, ma réponse prudente et j’avance
qu’il m'est impossible de fournir une réponse sans avoir,
préalablement, examiné l’Intéressé.
Une discussion houleuse
s’amorce mais elle ne se prolongera pas car encore une fois, le
téléphone entre en jeu et après avoir écouté son interlocuteur,
le colonel m’informe que la question qu’il m’avait posée n’a
plus sa raison d’être !
Prévoyant le pire, je prends contact avec mes amis, tous nous
sommes consternés en apprenant le coup de force dont notre
Auguste Ami vient d’être la pitoyable victime.
Le lendemain, la presse
officielle rend un hommage unanime à la politique résidentielle
et annonce pour le Maroc le début d’une ère de prospérité qui se
prolongera au moins vingt ans. Dans les jours qui suivirent, le
général Guillaume lui-même, dans une interview donnée à un
représentant du « Monde », proclamait que l'Istiqlal était un
serpent dont il venait d’écraser la tête.
Les amis du Palais
s’interrogeaient avec inquiétude sur le sort réservé au
Souverain ainsi qu’à Sa Famille depuis leur départ de Rabat. Le
black out était complet. On apprendra par la suite que la
Famille Royale avait été déportée à Zonza, en Corse. |
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