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Le Dr. Dubois-Roquebert a achevé la rédaction de ce livre
quelques semaines avant sa mort. Il m’avait alors sollicité pour
en écrire la préface mais le sort à l'époque ne nous permit pas
de donner suite à ce projet.
C’est avec un immense plaisir que j’ai accepté de préfacer cet
ouvrage aujourd'hui à la demande de son épouse et de ses
enfants, Philippe, Bruno et Béatrice. Nous étions en effet, le
Docteur et moi-même, unis par une amitié sincère qui était née
dans l'épreuve et qui avait évolué pour ma part en une affection
filiale.
Si le croyant qu'était le Dr. Dubois-Roquebert s'en remettait
volontiers à la Providence pour expliquer son rôle aux côtes du
Sa Majesté Mohammed V dans son combat pour l'accession du Maroc
à l'indépendance, certains éléments d'ordre familial le
prédisposait à jouer un tel rôle puisque deux de ses aïeux
paternels avaient déjà, en leur temps et dans leur domaine de
l'art et du journalisme, démontré un engouement particulier pour
les idées de liberté et de justice.
Le Dr Dubois-Roquebert se définissait lui même comme un homme
libéral et humaniste et il ne manquait en fait à l'homme
d'action qu'il était, comme en témoigne le choix de son
métier,qu'une raison noble pour qu'il passât à l'action au plan
politique. Cette raison lui fut donnée par Sa Majesté Mohammed V
à l'occasion du combat qu'elle livra pour l'indépendance du
Maroc.
Comme le disait le Dr. Dubois-Roquebert le destin lui avait
fait rencontrer l'histoire. C'était là sa manière bien
modeste d'exprimer le fait que son rôle lui avait permis à un
moment donné, d'avoir une influence certaine et bénéfique sur le
déroulement des événements que connaissait ce pays qu'il
chérissait tant : le Maroc.
Il pensait que c'était pour lui un devoir que de laisser un
témoignage écrit de ces moments et des deux souverains
exceptionnels, Sa Majesté Mohammed V et Sa Majesté Hassan II,
qu'il eut l'honneur de connaître. Ce livre en est la
concrétisation.
Le Dr Dubois-Roquebert était arrivé au Maroc il y a quarante
ans, après s'être arraché à une carrière déjà assise, dans le
dessein d'y faire œuvre durable, d'y apporter l'image de la
France réelle, généreuse et juste, et non cette impression
fugitive de brio, mais hélas aussi de frivolité, que l'on a
coutume de retenir.
Ayant gagné la confiance et l'amitié de Sa Majesté Mohammed V et
de sa famille, il fut jusqu'à son dernier souffle près d'eux
dans la joie et dans l'épreuve.
C'est dans l'épreuve que je rencontrais, en 1953, près de Sa
Majesté et du Prince Moulay Hassan, le Dr .
Dubois-Roquebert.Nous étions alors bien seuls pour faire
obstacle à ce que nous savions être une erreur lourde de
conséquences.
J'ai souvenance de sa volonté, de sa fermeté, de sa conviction
et c'est en lui que je puisais la force de dominer les huées
fanatiques et de continuer dans la voie de la vérité.
A Zonza, à Antsirabé, le Dr Dubois-Roquebert apporta l'espérance
en notre Pays et la foi en ses vertus. Puis le 18 novembre 1955
devant des milliers de Marocains, Sa Majesté Mohammed V
remettait au Dr. Dubois-Roquebert les insignes de Grand Officier
du Ouissam Alaouite, honorant ainsi la fidélité à une amitié
sans faille.
Cette amitié, à la mort brutale de Sa Majesté Mohammed V,
subissait un choc ; mais son affection solide se reportait sur
le Prince Héritier S.M. Hassan II qu'il aimait comme un fils.
Je ne peux m'empêcher de revoir le Dr. Dubois-Roquebert ce
samedi tragique où il répondait à l'invitation de Sa Majesté,
heureux de lui manifester l'affection qu'il lui portait depuis
son enfance, quelques instants avant que la mort ne l'emporte,
refusant l'aide de son ami M. Mohammed Karim Lamrani et la
mienne, sous prétexte que nous supportions un plus blessé que
lui. C'était, dans sa grande simplicité, sa façon de mourir
comme il avait vécu.
A travers ce livre le Dr. Dubois-Roquebert parvient à nous
communiquer son amour pour le Maroc dont il me parlait en ces
termes dans une de ses lettres : « J'aime ce pays "physiquement"
si j'ose dire! avec ses grands espaces, ses couleurs éclatantes,
son odeur de thé à la menthe et ses nuits magiques dont le
silence n'est brisé que par le coassement des crapauds! J'aime
aussi ses habitants que je comprends et qui me comprennent, je
l'aime aussi parce que la France l'a marqué de son génie et que
je sens que le destin de nos deux pays reste étroitement lié.
J'aime enfin le Maroc parce que la Providence m'a permis d'être
le familier de deux de ses rois les plus illustres Sa Majesté
Mohammed V et Sa Majesté Hassan II ».
Cet ouvrage nous permet de constater que le Dr. Dubois-Roquebert
a totalement conformé la conduite de sa vie aux idées auxquelles
il croyait. C'est là l'immense leçon qu'il nous lègue et qui
donne tout son sens à ces propos de Camus :
« Quand dit-on qu'un homme a mis sa vie en ordre ?
Il faut pour cela qu'il se soit mis d'accord avec elle et qu'il
ait conformé sa conduite à ce qu'il croit vrai.
L'homme qui, dans le désordre de la passion, meurt pour une idée
qu'il a faite sienne, a ordonné toute sa conduite à un principe
qui lui paraît évident ».
Jacques Reitzer
Casablanca, le 12 décembre 1971. |